Il y a 6 mois, je m'engage enfin dans ma voie professionnlle en tant qu'éducatrice dans un foyer accueillant des personnes autistes. Animée d'une grande motivation, je m'y engage avec beaucoup de générosité.
Aujourd'hui, le temps m'a rattrapé et m'impose de réfléchir à ses effets afin de faire face.
Six mois après l'ouverture de cet établissement, je ne constate aucun progrès dans ce que je fais. Ce que je crois acquis un jour est anéanti le lendemain et je ne sais même pas pourquoi. J'en arrive à me demander pourquoi ça a marché un jour, et finalement, je crois même que je n'y étais pour rien.
Dans cette institution, nous ne sommes pas soutenus par la hiérarchie, nous n'avons pas le temps de bien faire notre travail, on ne nous demande pas notre avis, on ne vous écoute pas, on ne donne pas les moyens de faire du bon travail.
Mais beaucoup de raisons sont la cause de mon mal être aujourd'hui :
La réalité d'un public autiste avec déficience mentale et la lourdeur de leur prise en charge... (quand on dit prise en charge, on souffre déjà ! )
Chacun se trouve face à ses stéréotypies, ses écholalies, ses automutilations impressionnantes, son absence de langage et surtout, surtout des troubles du comportement auxquels tous les jours il faut faire affront, beaucoup de violence au quotidien : des coups, des morsures, des crachats, des insultes, des lancers de couteaux, des tables renversées...
Tout cela, fait partie de mon métier, je suis là pour eux et les aider à vaincre ces comportements inadaptés. Mais à quel prix?
Il faut ajouter des effectifs insuffisants, des heures supplémentaires non prises en compte, des manques de moyens pour mener à bien les projets, un manque de confiance de la part de la hiérarchie, la non reconnaissance professionnelle, un manque de dialogue ou de soutien face à cette violence subie ...
L'accumulation de toutes ces données font qu'aujourd'hui, la fatigue mentale et physique s'installent.
Et pourtant, j'aime mon métier, j'aimerais être fière de ce que j'accomplis au quotidien et je souhaite me réaliser dans ma profession ...
Et de plus en plus, je m'enlise dans un discours négatif : "Il est difficile de les faire évoluer, qu'est-ce que j'ai fait de ma journée avec eux ? RIEN" ...
Comment rester positive quand non seulement les progrès ne viennent pas mais qu'en plus il faut faire face à des régresions en permanence?
Comment ne pas culpabiliser de ne pas savoir faire, de ne pas être a la hauteur ?
Pour le coup la lune de miel n'a pas duré longtemps...
Aujourd'hui, pour la première fois de ma vie je suis en arrêt maladie, burn out, épuisement d'après le médecin.
Mon corps m'impose une période de bilan, prendre le temps pour la réflexion et avancer ...
Dans quelques jours je pars en voyage de noce avec l'élu. J'espère en profiter pleinement.
Me vider la tête m'aidera sûrement à voir mon avenir plus sereinement et peut être, retrouver l'énergie suffisante pour y croire de nouveau.